« 5 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 205-206], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9299, page consultée le 25 janvier 2026.
5 décembre [1840], samedi matin, 11 h. ¾
Ainsi, mon cher scélérat, vous profitez du prétexte de REVENIR TOUT DE SUITE
pour vous sauver au plus vite de chez moi et voilà comme vous revenez ? En
vérité une autre foisa je
ne vous écouterai pas et je vous garderai de FORCE auprès de moi. Vous pouvez y
compter. Dans quel état est arrivéeb la poupée de Dédé ? Si vous n’avez pas plus soin des femmes en bois et en son
que des femmes en os et en sang elle doit être dans un BEL ÉTAT à l’heure qu’il
est. Toujours est-il que voilà deux nuits que je rêve de vous et ce matin j’ai
crié : qui est là ? Et je me suis levée ayant cru entendre votre bruit mais je
me suis refroidie inutilement, personne ne m’a répondu et je me suis recouchée
tristement. Aussi ce matin j’ai froid, froid, je peux à peine tenir ma plume
dans mes doigts. Taisez-vous brigand et ne me dites pas de faire du feu mais
venez m’en donner du vôtre, ce sera plus chaud et plus doux.
La bonne
vient de me dire qu’il n’y avait plus d’huile pour la lampe. Il n’y a plus de
café depuis longtemps, nous devons le bocal d’huile à manger et je n’ose pas
écrire à l’épicier d’envoyer les provisions demain dans la crainte que tu ne
puissesc pas me donner
d’argent. Mais tout cela m’est égal et je ne t’en parle que parce que tu le
veux. L’important est que je te voie, que je te baise et que je t’adore.
Juliette
a « autrefois ».
b « arrivé ».
c « puisse ».
« 5 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16343, f. 207-208], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9299, page consultée le 25 janvier 2026.
5 décembre [1840], samedi soir, 3 h. ¾
Vous m’oubliez donc toujours, mon adoré, jour et nuit, matin et soir ? En
vérité ça n’est pas trop réchauffant, ni trop régalant, ni trop amusant. Voilà
plusieurs jours qu’il fait beau temps et vous ne me faites pas sortir enfin, et
sans en excepter le VERROU, je suis votre prisonnière
de guerre et de paix car depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre c’est ainsi.
Encore si j’avais un préau, une plateforme, un champ, un jardin, un endroit
quelconque pour prendre l’air et exercer mes jambes, je ne dirais rien mais
n’avoir pour tout exercice que le coin de son feu et d’autre arbre que le tuyau
de son poêle et d’autre soleil que sa lampe Carcel1, ça n’est pas assez pour prendre
avec patience vos absences prolongées.
Voyons, mon amour, dites-moi bien
sincèrement pourquoi vous ne venez plus vous reposer auprès de moi le matin ?
Certainement vous vous couchez toujours un peu ? Vous vous débarbouillez
toujours beaucoup et vous déjeunez probablement ? Pourquoi donc ne pas me
donner ces quelques moments pendant lesquels vous ne travaillez pas ?
Toto, Toto vous n’êtes pas très gentil pour moi depuis plusieurs jours. C’est
d’autant plus mal que je vous aime de toute mon âme et que je n’ai pas d’autre
pensée, d’autre besoin, d’autre désir que vous voir, vous voir et toujours vous
voir. Je vous aime, mon pauvre bien-aimé, toujours de plus en plus mais viens
tout de suite me baiser.
Juliette
1 L’horloger Bertrand Guillaume Carcel (1750-1812) est l’inventeur d’une lampe dans laquelle l’huile s’élève vers la mèche grâce à un mécanisme de rouages et d’un piston. Cette lampe qui porte son nom sera perfectionnée et commercialisée par ses successeurs.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
